La disparition de Helena – Chapitre 5

Chapitre 5 – Indiscrétions

 

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    Le lendemain matin, Helena se rend au travail un peu stressée mais sereine d’avoir trouvé des solutions. En arrivant à son bureau, elle respire un grand coup puis s’attelle à rédiger son mail. Elle exprime sa requête de changer de contrat pour passer à un temps partiel sans en expliquer les raisons et demande en vue de cela, une réunion. En effet, elle préfère annoncer sa grossesse en face-à-face. En partie car elle redoute les réactions de ses supérieurs et aussi parce qu’elle aimerait demander ce temps partiel uniquement le temps de sa grossesse avant de partir en congé maternité. Elle souhaite vraiment pouvoir réintégrer son poste actuel à la fin de cette série de complications. Après avoir passé plusieurs dizaines de minutes à lire et à relire, à formuler et à reformuler son mail, Helena finit par l’envoyer. Elle l’adresse à Marthe Villard, la directrice des Ressources Humaines et met en copie Sergeï Miklov, le directeur des et Frédéric Louchalle. Une fois le mail envoyé, Helena ne se détend pas pour autant. Une angoisse monte en elle. Et si elle n’avait pas pris la bonne décision, et si elle n’avait pas utilisé les bons mots ? Elle décide de noyer ses réflexions dans le travail et passe la matinée très concentrée sur ses missions. Vers 13h, elle se résout à prendre une pause déjeuné sur le pouce puis retourne à son bureau à 13h20 où elle trouve une note à l’écriture bâclée. Frédéric lui demande de se rendre dans la salle de réunion pour y rejoindre l’équipe. Interloquée, Helena se presse vers la petite salle de l’unité. Elle ouvre la porte discrètement et pénètre la pièce, où elle s’assoit sur la première chaise libre. Les six membres du département Recherches ainsi que plusieurs employés venant d’autres départements sont déjà installés. Au moment où Helena arrive, Sergeï Miklov finit de remercier la petite assemblée d’être venue malgré une convocation de dernière minute. Il introduit ensuite Frédéric qui le salut avant d’entamer son discours. « Bonjour à tous, Sergeï a déjà couvert les remerciements donc je vais aller à l’essentiel. On est dans une période d’expansion, c’est pas le moment de vous relâcher les gars ! On a plein de travail et vous êtes payés pour le faire. Vous avez fait du bon boulot jusque-là, alors continuez ! Prendre des vacances, des congés… C’est vraiment pas le bon moment ! ». Les yeux de Frédéric ont beau couvrir toutes les personnes présentes, Helena sent qu’ils s’attardent sur elle. Elle détourne les siens, gênée et son regard glisse vers Sergeï qui la fixe intensément. Helena sent son souffle se saccader et un sentiment d’oppression monte en elle. Frédéric continue son discours. Il mentionne le travail accompli et les objectifs à atteindre. Finalement, après 10 minutes de présentation, Frédéric conclut par « C’est pas le moment de se relâcher ». Helena le regarde droit dans les yeux lorsque qu’il appuie cette dernière phrase en la fixant d’un regard brûlant. Elle se sent particulièrement visée. Elle a l’impression que cette réunion a été préparée et exécutée expressément pour elle. C’est comme s’il s’agissait d’une réponse directe à son mail du matin. Honteuse, le rouge aux joues, elle baisse les yeux en se joignant aux brefs applaudissements de l’assistance. Alors que la petite foule se disperse, Helena voit Frédéric et Sergeï s’entretenir en glissant des regards vers elle. Elle se lève et part vite se réfugier derrière son bureau.

    Helena ne décroche plus les yeux de son ordinateur du reste de la journée. Elle reçoit, vers 17h un mail de Pascale Prot, lui annonçant qu’elle-même et Ophélie Dujardin, une employée du service recrutement, ont été chargée de sa demande de changement de contrat. Elle lui propose ainsi une réunion dès le prochain lundi, le 24 février, à 10h30. Surprise de la rapidité de réponse, Helena s’empresse d’adresser son accord, une appréhension grandissante en son sein. Elle se replonge ensuite dans son travail, si bien qu’à 20h, lorsqu’elle entend la voix de Frédéric l’interpeller juste derrière elle, elle sursaute. Elle remarque alors qu’il n’y a plus personne dans l’open-space et qu’une fois encore, la salle s’est vidée dans qu’elle ne s’en rende compte. Elle se retourne et en voyant le visage fermé de Frédéric, ses joues se colorent de nouveau. Elle ne lui a jamais vu ce visage grave… Elle l’a déjà vu afficher un visage concentré, pour d’importants enjeux au travail, mais fermé, c’est la première fois. Elle a déçu Frédéric… lui qui comptait sur elle, qui l’a soutenu, qui était là, qui… « Je voudrais te parler. » Frédéric interrompt le flot de ses pensées. Helena, prise de court, répond en bégayant légèrement « Euh… Ou… oui, oui bien sûr ! ». Et elle s’empresse de faire de l’ordre sur son bureau en lui indiquant la chaise face à elle. Frédéric s’assied et entre directement dans le vif du sujet : « Pourquoi tu demandes un travail à temps partiel Helena ? » et sans lui laisser le temps de répondre, il perd sa maîtrise « Franchement ! Je comprends pas ! Pourquoi maintenant ? Tu te débrouilles bien, tu es une très bonne recrue, tu fais du bon travail… Qu’est-ce c’est ? tu essaies de trouver un job chez la concu ? T’es pas bien ici ? … Je comprends pas, explique moi ! ». La tête baissée, une boule dans la gorge, Helena répond d’une voix étouffée : « Je… je… je suis enceinte. » Un long silence suit cette révélation et Helena finit par relever la tête pour voir l’expression de Frédéric. Il s’est affaissé sur le dossier de sa chaise et regarde dans le vide quelque part derrière elle, en frottant son début de barbe. Helena l’interpelle, d’une petite voix, puis plus fort, n’obtenant pas de réaction à la première tentative. Frédéric sort de ses pensées et regarde Helena. Puis il se penche vers elle en s’animant soudain. « Mais euh, ça fait longtemps ? Ah bah je comprends pourquoi tu étais fatiguée ! Tu peux avorter ? C’est encore possible, non ? » « J’en suis à 14 semaines… » « et le délai, c’est quoi déjà … 20 semaines c’est ça ?! Bah voilà ! Non mais fait pas ça, t’auras plein de temps pour en faire, des gosses… Ça va te freiner ! Fait pas à ça Helena… tu es si prometteuse… ». Helena est au bord des larmes et répond avec difficulté « Le délai est de 12 semaines, et non je ne vais pas avorter, et oui je sais que ça va freiner ma carrière, mais j’y peux rien ! Maintenant j’aimerais vraiment finir ce dossier si tu veux bien… » Et elle se détourne pour faire face à son ordinateur et reprendre son travail. Les larmes roulent sur ses joues. Elle entend la chaise de Frédéric racler le sol alors qu’il se lève puis ses murmures quand il s’éloigne : « Quelle bêtise… si prometteuse… ». Helena se retrouve seule dans l’open-space assombri par la nuit qui était tombée au dehors. Elle pleure et alors qu’elle sent la crise de panique arriver, elle entend Henry Commure l’appeler. Le vigile maladroit la regarde, depuis l’ouverture de la porte. « Bah… ça va pas miss ? ». Helena se reprend et lui répond entre deux respirations saccadées qu’elle a connu des jours meilleurs. « … Je vois bien, mais vous faites pas tant de soucis, ça va passer. Ya des jours comme ça… Enfin, faut pas nous faire une Patrick hein ! » Et sur ces mots, Henry met la main devant sa bouche en agrandissant les yeux : « J’aurais pas dû dire ça ». Confuse, Helena demande « Dire quoi ? Qu’est ce c’est une Patrick ? » et le vigil, embarrassé lui répond « Non non mais… c’est rien… C’est une vieille expression dans l’entreprise, c’est un ancien employé d’ici qui… Non, non mais oubliez… Aller, restez pas là, vous devriez rentrer chez vous maintenant… ». Helena est fatiguée et complètement chamboulée. Elle acquiesce et rassemble ses affaires. Après avoir éteint l’ordinateur, elle salue Henry Commure et quitte l’open-space. Henry reste là. Helena ne sait pas qu’il a assisté à toute la scène entre Frédéric et elle.

    En arrivant à son poste à 9h, le vendredi 21 février, Justine voit Henry en train de chercher quelque chose dans les tiroirs du comptoir de l’accueil. « Bonjour Henry, lance-t’elle d’une voix chantante, vous cherchez quelque chose ? Je peux vous aider ? ». Henry lui répond qu’effectivement, il avait utilisé un post-it pour noter sa liste de courses trois au jours auparavant et que tête en l’air comme il était, il l’avait oublié sur le comptoir et depuis, pas moyen de remettre la main dessus ! Justine rigole et dit à Henry qu’elle se souvient avoir vu le post-it mais qu’il a fini à la corbeille entre temps. Henry soupire puis il s’excuse auprès de Justine d’avoir inspecté les tiroirs. Alors qu’il est sur le départ, Henry s’attarde devant le comptoir. Justine, voyant son hésitation, lui demande s’il y a autre chose qu’elle peut faire pour lui et Henry réfléchit encore plusieurs secondes avant de répondre « Euh… A propos d’Helena… Elle tient le coup ? Je veux dire, la grossesse tout ça… » « Grossesse ?! Quelle grossesse ?! Attendez quoi ?! Genre la miss Helena est enceinte ?! Eh bah dis donc… ça c’est une nouvelle ! C’est Philipe qui va être surpris ! ». L’intervention de Brian stoppe nette la conversation d’Henry et de Justine. Le temps que Justine ouvre la bouche pour demander à Brian de ne pas répandre la nouvelle, il est déjà parti, tout guilleret. De toute façon, cela n’aurait pu qu’être pire si elle lui avait demandé de se taire. Justine gratifie Henry d’un regard sombre. Sans faire attention, il a parlé trop fort et à cause de cela, toute l’entreprise va être au courant dans l’après -midi. Contrariée Justine lui lance « Bravo ! Maintenant il va aller claironner ça partout… Vous n’êtes même pas censé être au courant et vous criez déjà la nouvelle à tue-tête ! » et en voyant le visage affligé d’Henry, elle se radoucit « Non… excusez-moi, ce n’est pas à vous que j’en veux… Même si vous auriez quand même pu parler moins fort ! C’est à lui, cette espèce d’énergumène de Brian… Allez, ne vous flagellez pas trop, ça se serait bientôt su dans tous les cas… ». Henry acquiesce et s’éloigne en culpabilisant. Justine secoue la tête, respire un grand coup et commence à organiser son bureau pour la journée.

    Helena arrive au travail quelques minutes après l’incident mais ne croise ni Justine, ni Henry. Elle se dirige naturellement vers son bureau et s’assied en se préparant mentalement pour sa réunion de lundi à venir. Elle a annoncé la nouvelle à Marc la veille mais il n’a pas réagi comme Helena l’espérait… Par ailleurs, il ne lui a répondu que très vaguement lorsqu’elle lui a demandé où il en était dans ses démarches pour avoir moins de déplacements… La matinée se passe sans accros, même si Helena sent des regards insistants de la part des personnes présentes dans l’open-space. Frédéric vient la voir juste avant midi et s’excuse de s’être emporté la vieille, il a juste été pris de court et c’est tellement dommage… Ca le touche beaucoup et il espère qu’Helena le comprend. Finalement, il lui dit qu’il ne pourra pas être là à la réunion de lundi et il lui propose de prendre l’après-midi pour un week-end anticipé. Helena est très surprise de ce revirement et ne sait pas trop si elle devrait accepter. Elle finit par décider de suivre son conseil et rentre après avoir mis ses affaires en ordre.

    Le week-end passe et quand vient lundi Helena est toute stressée. Elle a les mains moites et le cerveau en effervescence ; d’autant que Frédéric lui a confié de nouvelles missions spéciales. En effet, en arrivant à son bureau, elle a trouvé une petite pile de dossiers, accompagnés d’une note. Dans cette-dernière, Frédéric demande à Helena de rédiger de brefs rapports sur toutes ses missions en court, de les imprimer en versions papier et de les laisser sur son bureau. Puis une fois cette tâche effectuée, elle devra s’occuper en priorité des nouveaux dossiers qu’il lui a amenés avant de reprendre ses missions. Helena s’attelle donc à la rédaction de ces rapports sans très bien comprendre pourquoi, mais son esprit est trop obnubilé par le reste pour prendre le temps de chercher des explications. Toutes les 2 minutes, Helena regarde l’heure dans le petit cadrant en bas à droit de l’écran de son ordinateur. Quand arrive finalement 10h15, Helena finit sa phrase, enregistre don dossier et éteint son ordinateur. Elle respire un grand coup, passe par les toilettes pour se rafraichir le visage et se dirige vers la salle de l’entreprise choisie pour la réunion. Elle sait qu’elle doit rencontrer Pascale Prot et Ophélie Dujardin. Si Helena connait clairement la première, en ce qui concerne Ophélie, elle n’est pas très sûre de qui il s’agit. Lorsqu’elle entre dans la salle 5 minutes en avances, Helena constate que Pascale et Ophélie sont déjà arrivées et sont en train de s’installer. En voyant son visage, elle remet tout de suite Ophélie. Il s’agit d’une jeune femme un peu réservée, souple et tolérante. La plupart du temps dans l’ombre de Pascale, Ophélie a souvent un rôle de médiatrice ; elle sait que Pascale peut sembler dure, un peu manipulatrice et qu’elle a ses idées bien ancrées mais ce n’est pas une mauvaise personne… Elle voudrait que les autres le voit aussi et c’est pour cela qu’Ophélie s’applique à tempérer sa collègue. Si elle récupère de temps à autre des post-it signature de Pascale et qu’elle s’excuse parfois après le passage de sa collègue, Ophélie reste effacée et humble en sa présence. Par exemple, elle n’ira jamais confier à Pascale ses quelques idées et remarques que l’on pourrait prendre pour progressistes ou féministes. Elle ne souhaite surtout pas créer de problèmes et veut garder une bonne entente avec sa collègue. Helena et elle n’ont pas de liens : quelques bonjours autour de la machine à café et voilà. Ce matin-là en revanche, c’est un bonjour accompagné d’une poignée de main qui est de mise. Helena salue donc ses deux collègues puis s’installe à son tour.

 

Auteure ou autrice (va falloir choisir un jour) : Lorysse Marchal

Le chapitre 6 la semaine prochaine !

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