La disparition de Helena – Chapitre 3, Partie1

Chapitre 3 – Du  début de sa grossesse à sa disparition – Partie1

 

N’hésitez pas à lire les chapitres 1 et 2 et pour lire l’article qui parle du jeu autour de l’histoire, c’est ici !

 

    Décembre, c’est l’hiver, le ciel gris, les fêtes, la fin de l’année… Alors que la vie continue, Helena est tellement stressée qu’elle n’a pas ses menstruations quand arrive le moment présumé, mi-décembre. Mais comme cela lui est déjà arrivé par le passé, elle ne s’inquiète pas outre mesure.

    2020 débute en même temps qu’une nouvelle décennie. Les choses au travail ne changent pas et lorsqu’Helena a du retard sur ses règles mi-janvier, elle se pose des questions. Les menstruations peuvent ne pas se présenter à cause du stress, une fois oui, mais deux fois… Troublée, Helena parle de ses doutes à son amie Justine puis décide d’effectuer un test de grossesse. Le test se révèle positif ; Helena est enceinte depuis environ 9 semaines. C’est un choc pour elle. Marc et elle n’ont encore jamais parlé d’enfant, et si elle en voulait, ce n’était pas pour tout de suite. Cette annonce la laisse stupéfaite, surtout que le couple s’est toujours protégé.

    Le jour même, elle annonce la nouvelle à Marc. Ce dernier est abasourdi ; il ne réalise pas tout de suite l’ampleur des changements que cette nouvelle va engendrer. La surprise le laisse décontenancé et Marc passe par une phase de déni pendant quelques jours. Cette attitude distante blesse Héléna qui se sent très seule. Alors que Marc l’évite, elle se met à s’interroger : doit-elle ou non garder l’enfant ? Sa grossesse étant plutôt avancée pour envisager un avortement (en France, l’avortement peut être pratiqué jusqu’à la fin de la 12ème semaine de grossesse), Helena sait que la décision doit se prendre rapidement. Finalement, Marc accepte la nouvelle et prend conscience à son tour qu’il leur faut vite se décider concernant la question de l’avortement. Marc souhaite garder l’enfant et il se soucie de pouvoir assurer le confort matériel et financier de sa petite famille en devenir. Il veut qu’Helena lève le pied sur le travail et prenne soin d’elle, quitte à ce que lui, fasse des heures supplémentaires. Pour lui, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. En revenant vers elle, Marc expose son plan à Helena ; il s’attend à ce qu’elle l’approuve instantanément, puisqu’il s’agit de la meilleure solution. Cependant, Helena, un peu vexée de l’éloignement de Marc, n’est pas totalement d’accord.

    Ce nouveau tournant est difficile à vivre pour Helena, qui pense à sa carrière. Elle souhaitait attendre un peu avant d’avoir des enfants. Après tout, elle a seulement 25 ans et cela va faire 2 ans et demi qu’elle est sur le marché du travail. De la joie, de l’espoir, de la peur, de l’impatience, de l’angoisse, de l’appréhension… Helena nage dans un tourbillon d’émotions intenses qui la perturbent et l’obsèdent. Elle se tourne vers sa sœur et vers Justine. Cette-dernière est très positive et essaie de l’apaiser. Quelle que soit la décision finale, Justine soutiendra Helena et elle l’aidera de son mieux. D’un autre côté, Jeanne, sa sœur, lui rappelle les regrets de leur mère d’avoir mis sa carrière de côté : « Ne refait pas la même erreur que maman… ». Helena ne sait pas quoi penser et les jours défilent. Parallèlement, ses journées au travail sont toujours aussi dures. Helena s’y rend chaque matin avec une boule au ventre et en revient le soir alors que la nuit est tombée depuis longtemps.

    Un soir, Marc et Helena entament une longue discussion. Le couple finit par décider de garder cet enfant-surprise. Marc pense toujours que son plan de départ est la meilleure solution mais Helena refuse d’abandonner sa carrière. Marc lui conseille tout de même de rester discrète sur sa grossesse et Helena est d’accord car elle considère que cet événement est de l’ordre de sa vie privée, qu’elle ne tient pas à exhiber au travail. Marc lui, pense à sa carrière, il ne veut pas qu’on pense de lui qu’il est trop jeune, trop insouciant, voire irresponsable. Il se met à faire des heures supplémentaires, pour compenser cette idée qu’il se fait, de ce que l’on va penser de lui, et aussi pour ramener plus d’argent à son foyer. En tant qu’homme, il se doit de faire en sorte que sa famille ne manque de rien. Helena, elle, veut prouver qu’elle peut avoir un enfant et une carrière en même temps. Elle ne veut pas abandonner sa carrière comme sa mère, ou lever le pied, comme Marc le lui demande. Aussi, elle continue de faire ses heures supplémentaires et redouble de détermination pour travailler.

    Fin janvier, sa grossesse étant bien amorcée, Héléna commence à en ressentir les symptômes : elle est nauséeuse le matin, elle se sent plus fatiguée. Cela lui laisse forcément moins de temps pour se préparer avant de partir au travail. Elle prend moins soin d’elle, de sa peau et c’est sans compter cette méchante poussée d’acné due aux hormones qu’Helena subit en plus du reste. Son corps commence également à changer. Certes très légèrement mais suffisamment pour faire pencher à droite l’aiguille de la balance. Ses journées sont longues et épuisantes mais elle s’accroche. Par ailleurs, entre ses heures supplémentaires à elle et celles de Marc, les rendez-vous professionnels et les déplacements, les amoureux n’ont plus beaucoup de temps pour se retrouver. L’absence de Marc se fait sentir et Helena se sent un peu délaissée. Marc, lui, s’occupe son image au travail et reste fixé sur son idée qu’il se doit d’assurer le confort financier de sa famille.

    Le mois de février arrive et les difficultés d’Helena, dues à sa grossesse et à ses journées au travail continuent. Pascale Prot, Brian, Frédéric, Marc, le bébé, les missions de travail, les heures supplémentaires… sont autant de sources de stress qu’Helena endure chaque jour. Elle est très fatiguée, mais c’est excitée, et un peu anxieuse, qu’elle se rend à son premier rendez-vous gynécologique pour sa grossesse, le jeudi 6 février. Le professionnel est satisfait de l’examen. Il conseille néanmoins à Helena de consulter un médecin pour sa fatigue anormale. Elle prend donc rendez-vous et en obtient un rapidement pour le jeudi de la semaine suivante. Dans l’intervalle de temps, Helena se réjouit de cette première consultation qui s’est bien déroulée. Elle s’attriste cependant de ne pouvoir partager sa joie avec Marc. Ils sont si occupés tous les deux qu’ils ne se voient presque plus. Aussi, avec l’approche de la Saint-Valentin, ils prévoient de se rattraper autour d’une soirée romantique où il ne sera question que d’eux deux. Le jeudi 13 février, Helena se rend chez le médecin et celui-ci trouve aussi son niveau de fatigue anormal. Il décide de lui faire passer une batterie de tests afin d’en avoir le cœur net. Le jour même, Helena se rend dans différents établissements pour réaliser les tests prescrits par le médecin. Elle n’en sort que plus harassée. Ce soir-là, Héléna se couche tôt, avec en tête la perspective de la soirée en amoureux du lendemain soir.

    Ce vendredi 14 février, Helena ne fait pas d’heure supplémentaire ; elle rentre directement après ses heures de bureau et se prépare pour la soirée à venir. À 19h elle s’aperçoit qu’elle a manqué un appel de Marc. Il lui a laissé un message : « Coucou ma puce ! Ça va ? J’espère que tu es bien rentrée. Moi je suis encore au travail… Un dossier urgent à finir. … Écoute… Pour ce soir… ça va pas être possible. Je suis vraiment désolé ma chérie, je sais que tu attendais cette soirée avec impatience… Et moi aussi d’ailleurs ! Je suis vraiment désolé, j’ai un repas imprévu de dernière minute avec un potentiel futur client. Frédéric m’a prévenu il y a à peine une demi-heure… Mais c’est pas grave ! On va se la faire demain notre soirée romantique d’accord ? Quoi que, attend, du coup faudra que j’étudie ce nouveau coup… Non mais on va trouver le temps ! Je t’aime, je suis désolé, j’espère que tu comprends. Je te fais un gros bisous mon cœur, rappelle-moi ! Bisou. » En écoutant le message, Helena tombe des nues… Elle s’attendait vraiment à une soirée en tête à tête. Elle est bouleversée et choisit de ne pas rappeler Marc. Au lieu de sa soirée en amoureux, elle passe la soirée seule… Tout le stress accumulé, ses attentes déçues, Héléna craque et s’effondre. Elle passe une grande partie de la soirée à pleurer et finit par s’endormir, le visage humide de larmes. Elle n’entend pas Marc rentrer mais elle est réveillée par l’odeur du vin que dégage son haleine quand il vient l’embrasser sur le front.

    Le lendemain, Helena n’est pas prête à se confronter à Marc, elle part donc chez son amie Justine pour parler et se distraire. Elle lui raconte qu’elle est allée chez le médecin deux jours auparavant et qu’il lui a confirmé une certaine fatigue tout en lui recommandant plusieurs tests dont elle n’a pas encore les résultats. Elle lui parle aussi de sa soirée ratée avec Marc mais elle ne mentionne pas les incidents au travail. Helena est lasse d’en parler, et puis à ce stade, parler ne sert plus à rien. Partager avec Justine les commentaires à peine cachés de certains de ses collègues, à propos de sa prise de poids, de son déclin d’attirance, de sa mine sombre… n’est pas ce qu’Helena a envie de faire pour se sentir mieux. Elle se contente donc de discuter de choses et d’autre pour se changer les idées. Finalement, Helena décide de rester dormir chez Justine et ne rentre que dimanche après-midi à son domicile. Quand elle arrive, Marc est très occupé, il prépare son départ. En effet, il effectue un déplacement professionnel du lundi à venir, le 17 mars, jusqu’au mercredi, le 19. En voyant Helena arriver, il s’interrompt, et même s’il lui reste encore des préparatifs, il décide de passer le temps qu’il lui reste avec elle pour se faire pardonner et parce qu’il a vraiment envie qu’ils se retrouvent. La soirée se déroule en douceur, sans que le couple reparle de l’incident. Helena s’endort adoucie mais pas vraiment apaisée.

    Le lundi 17 février, Marc part tôt en laissant une Helena nauséeuse et ensommeillée se réveiller. Helena a du mal à s’animer ce matin-là. Elle finit par se rendre au travail, encore chagrinée de son épisode avec Marc. Certes, ils ont passé une très bonne soirée la veille mais ils n’ont pas échangé à propos de la St-Valentin, et le ressenti qu’Helena renferme pèse encore sur elle. Elle continue de ruminer ses sentiments, si bien qu’elle n’entend pas les remarques de quelques-uns de ces collègues qui notent les rondeurs naissantes sur son corps. Sans doute a-t-elle fait des excès durant les fêtes ! Helena ne sort de sa torpeur que le lendemain midi quand elle reçoit un appel de son médecin lui annonçant que les résultats des tests lui sont parvenus. Il l’incite à passer le voir dès qu’elle le peut car les nouvelles ne sont pas très bonnes. Craignant pour la santé de son bébé, Helena décide de s’y rendre l’après-midi même. Une fois en sa présence, le médecin lui annonce que le bilan de ses examens le pousse à lui demander de réduire son nombre d’heures de travail. Si elle ne lève pas le pied, sa grossesse s’annonce difficile et elle et son bébé pourraient se retrouver dans une situation dangereuse. Helena est déconfite. Elle décide de rentrer chez elle pour le reste de la journée. Arrêter sa carrière, qui vient à peine de démarrer, n’était pas une option pour elle. D’un autre côté, elle sait que s’interrompre le temps d’une grossesse et d’un congé maternité n’est pas censé être un frein pour une carrière. Mais elle a encore tant à prouver… Et puis, elle n’est pas dans l’entreprise depuis très longtemps et sa place n’est pas assurée. Et puis elle sait toutes les difficultés que peut engendrer une grossesse : l’arrêt partiel ou total de son travail prématurément (ce qui lui arrive d’ailleurs en ce moment-même), un baby-blues, des infections… Et puis une remise en question sociale, et puis des jugements, et puis… Autant de complications qui pourraient l’empêcher de reprendre son travail au plus tôt ! Que vont en penser les autres ? Helena est bouleversée. Elle saisit son téléphone pour appeler Marc et l’informer de la situation, mais au dernier moment elle hésite. Il vaudra mieux lui en parler en personne. Et cela va lui laisser le temps de réfléchir à une solution qui lui conviendrait. Elle a toujours fait du bon travail… Du moins, du mieux qu’elle pouvait ! Elle a fait beaucoup d’heures supplémentaires, souvent non payées, pour faire avancer ses missions et les réussir dans le temps imparti. Elle est impliquée et volontaire… De plus, elle est dans l’entreprise depuis bientôt deux et demi, sans compter son stage. Elle est dans les bonnes grâces de Frédéric, qui connaît bien sa valeur, elle l’espère en tout cas. Elle ne devrait donc pas se faire évincer de l’entreprise pour ses futurs congés. Rassérénée sur ce point, Helena poursuit sa réflexion. Comment peut-elle concilier son envie de travailler et son besoin de lever le pied ? La solution apparaît d’elle-même : il faut qu’elle demande un temps partiel. Ainsi, elle sera toujours présente dans l’entreprise, elle pourra toujours conduire ses actuels projets, être au courant des nouveaux, participer à l’évolution de l’entreprise… Oui, elle veut rester investie. Et d’un autre côté, elle aura plus de temps pour se reposer, pour se détendre et pour préparer l’arrivée du bébé. Oui cela semble la meilleure solution à adopter. Plus sereine, Helena décide d’annoncer la nouvelle à Marc le lendemain, lorsqu’ils se verront en face à face. Entre temps, cela lui laisse la possibilité d’affiner son plan.

    Mercredi 19 février, Marc rentre de son déplacement en milieu d’après-midi. Il a fini ses heures de travail et il décide de rentrer chez lui préparer un repas pour Helena. Le soir venu, Helena est agréablement surprise de voir qu’il a organisé un temps spécial pour eux deux. Ils en profitent pour échanger à propos de la Saint Valentin ratée et Helena laisse sortir les sentiments qui l’envahissaient jusqu’alors. Suivant cette belle voie de réconciliation et d’entente, Helena parle des nouvelles du médecin et des conclusions auxquelles elle est arrivée la veille. Marc l’écoute attentivement. Il est d’abord soulagé d’apprendre qu’Helena va se décider à lever le pied, suites aux recommandations du médecin, mais ce sentiment est de courte durée puisque si un professionnel arrive à ces conclusions, c’est que la situation d’Helena est plus grave que la normale. Marc est inquiet et il souhaiterait qu’Helena arrête totalement le travail. Cependant, il entend à quel point travailler est important pour elle ; il entend cette volonté presque désespérée de rester impliquée dans l’entreprise. Aussi, il se range à l’avis d’Helena pour sa demande de temps partiel. Il se met ensuite à penser aux conséquences monétaires que ce changement va produire. Il est l’homme de la maison, c’est à lui d’assurer le confort financier et matériel de sa famille et de subvenir à ses besoins, surtout quand sa conjointe est en difficulté. Il sait qu’il va devoir travailler encore plus. Tout en continuant ses réflexions, Marc se met à penser à voix haute. Helena qui l’entend est soudain confuse. Marc lui expose alors une partie de ses pensées et une grande tristesse gagne Helena. C’est déjà suffisamment dur pour elle de devoir mettre un frein à sa carrière, mais si son partenaire n’est jamais là, ni pour elle, ni pour le bébé à venir, et que c’est une répétition de soirées ratées et de rendez-vous manqués, Helena ne se voit pas le supporter. S’ensuit une longue discussion. Finalement, le couple s’accorde sur les décisions finales : Helena va demander un temps partiel et Marc va demander, non pas moins d’heures de travail, mais tout du moins, moins de déplacements. Marc a cédé à Helena, tout en espérant qu’elle change d’avis. Sans parler que cette demande pourrait ralentir sa carrière et avec le temps partiel d’Helena, leurs revenus vont diminués. Marc sait qu’il s’agit de son devoir de maintenir, si ce n’est d’améliorer, les conditions de vie de sa famille… Il n’est pas complètement d’accord avec ce compromis.

 

Auteure ou autrice (va falloir choisir un jour) : Lorysse Marchal

La partie 2 du chapitre 3 et fin de l’histoire la semaine prochaine !

La disparition de Helena – Chapitre 2

Chapitre 2 – De son entrée chez Automob’Act au début de sa grossesse

 

Pour lire le chapitre précédent c’est ici, et pour lire l’article parlant du jeu autour de l’histoire, c’est là.

    Le jour où Helena retourne chez Automob’Act, le lundi 2 octobre 2017, elle retrouve ses repères. Elle intègre l’équipe dans laquelle elle a fait son stage : l’équipe du service Laboratoire Composite dans le département Recherches de la filiale Recherches et Développement. Frédéric, son ancien tuteur, est à présent son supérieur. Pour plaisanter et parce qu’il l’aime bien, il continue de l’appeler sa petite stagiaire. Helena sait bien que c’est une marque de sympathie de sa part. Par ailleurs, Frédéric prend toujours son rôle à cœur et continue d’encourager Helena à sa façon. Il lui fait des remarques et parfois même des remontrances, sans se soucier de la présence de collègues alentours. Pour cet homme direct, c’est sa manière de la pousser à donner le meilleur d’elle-même ! Après tout, ce n’est pas parce qu’elle est une femme qu’elle fait moins bien. Il veut l’amener à se surpasser pour que tout le monde voit sa valeur, comme lui la voit. Helena est un peu son poulain. Mais ces « encouragements », prodigués avec tant de bonne volonté, n’ont pas vraiment l’effet escompté sur Helena… Elle vit ces remarques publiques comme humiliantes et ce traitement spécial n’est pas vraiment ce qu’elle attendait pour son retour dans l’entreprise en tant qu’ingénieure diplômée. De plus, Frédéric, un peu maladroit mais toujours aussi bon vivant, a l’habitude de faire des blagues parfois à la limite du sexisme. Il se croit drôle mais ne pense vraiment pas à mal.

    D’autre part, Helena découvre une drôle d’habitude de l’une de ses collègues, madame Pascale Prot. Très expérimentée, cette femme d’âge mûr travaille dans l’entreprise depuis plus de 20 ans. Elle a commencé dans le service Recrutement du département Ressources Humaines et est aujourd’hui dans l’équipe Evolution des Compétences du même département. Rigoureuse et assez stricte, elle a des idées bien arrêtées sur ce que doit être l’entreprise et le comportement des personnes au sein de cette institution. Aussi, elle utilise une méthode assez originale pour faire savoir aux gens ce qu’elle pense : elle passe par le biais de Post-its. Pascale Prot a des Post-its roses et des Post-its bleus ; les premiers pour les femmes et les seconds pour les hommes. Elle adhère totalement aux valeurs prônées par le directeur : « disponibilité, efficacité et dévotion ». Elle juge les autres selon leur performance et laisse ses remarques sur des Post-its. Cependant, Pascale estime que les femmes ont plus à prouver que les hommes et que les deux sexes ont chacun leurs domaines de compétences. Par exemple, les femmes se doivent d’écrire sans fautes d’orthographe et d’être irréprochables sur leur apparence au travail, elles doivent également être organisées et méticuleuses. Pascale a toute une série d’idées suivant ce même modèle. Globalement, elle est plus laxiste avec les hommes qu’avec les femmes, même si eux aussi ont leurs critères à respecter. Pascale n’écrit que rarement des compliments sur ses Post-its, qu’elle dépose un peu partout (sur les ordinateurs, bureaux, tiroirs, gobelets de cafés, etc.) ; et les seuls qui aient reçus ces compliments ont toujours été des hommes. Helena, elle, retrouve régulièrement des Post-its sur son bureau, mais jamais pour témoigner de son approbation. « J’ai retrouvé une faute dans ton rapport », « écriture peu soignée», « ordinateur allumé avant de partir » sont plutôt les messages qu’elle reçoit. Parallèlement à ses notes, il est déjà arrivé à la responsable un peu froide de faire des remarques orales à Helena, notamment sur ses tenues vestimentaires.

 

    Durant ses premiers mois d’embauche, Helena essaie de composer avec tous ces éléments et de s’améliorer pour être à la hauteur des expectatives qu’elle pense qu’on attend d’elle. Elle saisit toutes les pistes d’amélioration qu’on lui soumet, même si elles sont parfois exposées de façon blessante ou grossière. Elle se voile un peu la face sur la nature de ces « pistes d’améliorations ». Elle est très volontaire et pleine d’entrain dans son travail. D’un autre côté, Helena encaisse les remarques publiques de Frédéric, les post-its et les critiques acides de Pascale, en plus de ses missions de projet, pour lesquelles elle travaille d’arrache-pied. Elle essaie de rire avec son manager, de ne pas renouveler les erreurs signalées par Pascale…

    Helena s’habitue doucement à sa nouvelle vie. Sa relation avec Marc s’épanouit et le couple décide de s’installer ensemble dès janvier 2018. Ils filent leur amour et après tout, c’est bien pratique pour faire du covoiturage !

 

    Mais plus les mois passent et plus les comportements de ses collègues la révolte. Viennent s’ajouter les publicités ciblées plus ou moins sexistes qu’elle reçoit régulièrement par courriel. Au début, elle n’y a pas prêté beaucoup d’importance mais avec le recul de ses mois de travail, elle se rend compte que ces publicités sont assez fréquentes et de plus en plus régulières. Si ces courriels l’ont fait rire au début, ils l’agacent pleinement à présent et viennent se cumuler aux difficultés qu’elle rencontre déjà.

    Les agissements de ses collègues et les désagréments qu’elle traverse continuent. Malgré tout, Helena fait de son mieux et son travail est modèle. Finalement, elle fait la connaissance, en août 2018, de Brian, un collègue rattaché au service Projets Transversaux du département Innovation de la même filiale qu’elle : la filiale Recherches et Développement. Les deux équipes sont amenées à effectuer un travail commun pour l’entreprise. Très vite, Helena se rend compte du caractère macho et vulgaire de Brian. Il rigole fort, regarde les femmes du coin de l’œil en souriant et fait des blagues sexistes.

    Un jour, alors qu’Helena se sert un café dans le petit salon du département, elle entend la voix fière et grave de Brian, se rapprochant : « Et là, elle me sort : ‘’Brian ? Tu t’appelles Brian, comme dans ‘Where is Brian?’ ?’’. Eh ! Et tu sais pas c’que j’lui réponds ?! ». Et dans un rire tonitruant, il finit : « Ouais bah j’lui répond que si ‘Brian is in the kitchen’, c’est parce que c’est l’endroit où il sait qu’il peut trouver des femmes et de la bière ! ». Helena en reste bouche bée. Cette blague aurait pu être amusante si elle était prononcée au second degré mais ayant appris à connaitre le personnage, elle sait que Brian pense ce qu’il a dit. D’ailleurs, avec son excès de confiance en lui, cet homme se permet de draguer non seulement elle, mais aussi presque toutes les femmes de l’entreprise. Combien de fois est-il passé par l’accueil pour proposer à Justine de « faire un tour dans sa voiture puis de passer la nuit chez lui » ? Les remarques dragueuses et condescendantes sont une habitude pour lui lorsqu’il s’adresse à une femme. Ce jour-là donc, alors que Brian apparaît dans le petit salon, accompagné d’un collègue, il passe à côté d’Helena et lui lance : « Hello beauté » avec un clin d’œil, puis il enchaine d’un air présomptueux : « Quand tu m’amèneras le dossier, tu me prendras aussi un café, hein ? Tu es mignonne. ». En partant, il donne un coup dans l’épaule de son collègue en pouffant.

    Au fil du projet, Helena apprend à s’accommoder au caractère de Brian. Elle s’habitue à ses mails qui commencent trop souvent par des « Salut ma belle » et se terminent par des « Je t’embrasse ». C’est le comportement que Brian a avec la gente féminine en général, elle sait qu’elle ne doit pas le prendre personnellement et s’en insurger. Surtout que parallèlement, il est moteur dans le projet et très efficace au travail.

    Heureusement, elle peut compter sur le soutien de sa sœur et sur leur relation. Même si elles ne se parlent pas régulièrement, elles restent proches. Elle est aussi très amie avec Justine, l’hôtesse d’accueil qui a toujours la tchatche, si bien qu’elles sont devenues confidentes. Elles se voient à l’entreprise mais aussi en dehors : à l’occasion d’afterwork ou même de sorties entre elles, qu’elles organisent en soirée ou les week-ends. Cette amitié est très chère aux yeux d’Helena. Et puis il y a Marc Tomphy, son amoureux… Si au travail ils entretiennent une relation strictement professionnelle, décision prise d’un commun accord, le jeune couple a, dans l’intimité, une relation simple et complice. Marc est une personne rationnelle et sérieuse, au travail comme en amour ; il prend très à cœur leur relation. Helena sait qu’elle peut compter sur son soutien et le savoir suffit à la rassurer. Elle ne lui raconte pas tout ce qu’elle vit durant ses journées à l’entreprise. En effet, sans compter les nombreux déplacements professionnels que Marc est amené à faire, quand ils rentrent chez eux, Helena et Marc préfèrent ne plus penser au travail ; ils distinguent bien la sphère privée de la sphère professionnelle. De plus, Helena souhaite gérer elle-même la situation qu’elle traverse ; elle veut être forte.

    Cependant, Helena s’exaspère devant le comportement de Brian et n’accepte pas d’être traitée pour moins que ce qu’elle n’est. Son humeur froide alerte Marc qui essaie de comprendre afin de soulager et d’aider au mieux celle qu’il aime. Alors qu’Helena n’aime pas trop parler de ses problèmes de travail avec lui, elle décide de s’ouvrir et lui explique son quotidien auxcôtés de Brian. Marc n’a rien vu ; il est tellement absorbé par ses missions et ses déplacements. De retour au travail en ayant connaissance de ce que lui a dit Helena, Marc se rend compte du comportement de Brian avec les femmes. Il décide, sans en parler à Helena, d’avoir une discussion détendue avec lui, dans le but que Brain se tempère un peu. Marc veut sincèrement aider Helena, mais d’un autre côté, il veut éviter de faire trop de bruit, pour ne pas entacher son image. Il se dit aussi, à raison, qu’Helena ne souhaite pas être perçue comme une femme qui se cache derrière son homme pour se défendre. Suite à cette discussion, Brian se calme un peu vis-à-vis d’elle. Toujours dragueur avec les autres femmes, il remplace néanmoins ses « Je t’embrasse » par des « La bise » dans les signatures de ses mails à Helena. Il évite aussi les remarques et les blagues s’adressant directement à elle mais choisit plutôt de les faire à ses collègues (et amis) d’une voix forte lorsqu’Helena passe près de lui. Helena ne reparle plus de Brian à Marc. Très attentionné, mais un peu égocentrique et solitaire, il estime que l’affaire est réglée. Les mois continuent et avec eux, le projet en collaboration et les dures conditions de travail d’Helena.

 

    Mais alors que le temps passe, Helena comprend que les agissements de ses collègues (Frédéric Louchalle, Pascale Prot, Brian…) ne vont probablement pas cesser. Aussi, d’agacée, elle devient progressivement passive à ces comportements. Ils se banalisent à ses yeux. Mais sans prendre autant de place dans son esprit par leur injustice, ces agissements continuent de peser sur elle. Elle ne s’exprime plus sur sa situation. Ni à Marc, ni à sa sœur, ni même à Justine. Pour Helena, cette vie est devenue son quotidien et parler ne sert plus. Elle est triste, de plus en plus lasse et fatiguée. Elle perd progressivement confiance en elle et commence à s’assombrir.

    Pendant ce temps-là, Frédéric, qui ne voit plus Helena se raidir à ses blagues, pense qu’elle les accepte et lui en fait plus encore. Il ne se rend pas compte des troubles d’Helena, d’autant qu’elle continue à rendre du bon travail. Si des fois il remarque une baisse d’entrain, Frédéric tente de stimuler Helena, à sa manière un peu lourde et maladroite ; ce qui a souvent pour effet de faire sourire Helena tout en lui rajoutant un poids sur les épaules. Pour maintenir la bonne qualité de son travail, et parce qu’elle cède au sentiment qu’elle doit constamment prouver qu’elle n’est pas plus nulle qu’une autre et qu’elle mérite sa place, Helena travaille toujours plus. Elle fait des heures supplémentaires et s’attarde presque tous les soirs pour avancer ses missions. Certaines soirées, elle croise Henry Commure, le vigile de son secteur de l’entreprise. C’est l’occasion pour eux de discuter un peu et le cinquantenaire se rend rapidement compte de la fatigue d’Helena. Henry Commure est un homme gentil et doux ; il est volontaire et un peu maladroit. Il est témoin des violences passives que subit Héléna et le soir, quand elle se pense seule à travailler dans son bureau, Henry voit son visage accablé et las. Il trouve oppressante l’attitude de Frédéric et il essaie tant bien que mal, quand il la croise, de remonter un peu le moral d’Helena. Elle, apprécie sa présence : même s’il est parfois un peu envahissant, la présence et la conversation d’Henry (qui en dit parfois plus ce que ce qu’il ne devrait) lui donnent du baume au cœur.

 

    Quand arrive décembre 2019, accompagné de son ciel bas et gris, Helena est devenue toute renfermée, presque éteinte. Elle ne parle plus de ce qu’il se passe au travail mais sa situation l’affecte beaucoup. Elle traverse ses journées de façon confuse et atone.

 

Auteure ou autrice (va falloir choisir un jour) : Lorysse Marchal

La première partie du chapitre 3 arrive la semaine prochaine !

La disparition d’Helena – Chapitre 1

    Helena Lepage est une jeune femme de 25 ans qui ressemble à beaucoup d’autres femmes : deux bras, deux jambes, un nez, une bouche… Et comme beaucoup d’autres femmes, elle a été victime d’inégalités au travail. Si ces inégalités sont parfois monnaie courante, il ne faut pas les banaliser, surtout quand le résultat de ces injustices répétées peut s’avérer grave. Le 5 mars 2020, une enquête est lancée pour retrouver cette jeune femme, disparue depuis 4 jours et qui ressemble à tant d’autres : Helena Lepage. Pour comprendre les évènements, il faut reprendre du début : remonter jusqu’à son enfance.

Pour lire l’article parlant du jeu autour de l’histoire, c’est ici.

Chapitre 1 – De son enfance à son entrée chez Automob’Act

 

    Helena grandit en Normandie dans une famille composée d’un père, d’une mère et d’une petite sœur, Jeanne. Son père travaille beaucoup et sa mère a renoncé à sa carrière pour pouvoir s’occuper du foyer et de ses filles. Dans la famille d’Helena, il est important de réussir, aussi, ses parents les accompagnent et les poussent beaucoup sa sœur et elle. Après une primaire, un collège, un lycée avec pour choix un baccalauréat scientifique option physique-chimie, Helena poursuit ses études loin du cocon familial en entrant dans une école d’ingénieur : Polytech Grenoble. Une filière assez généraliste pour lui laisser le temps de se déterminer. Durant ses deux années de classe préparatoire intégrée, Helena se fait des amis, sort, rencontre des gens ; elle découvre aussi de nouvelles matières et finit par s’orienter dans le domaine des matériaux en choisissant, tout logiquement, la filière du même nom : Matériaux. Elle l’intègre en 2014 et continue son cursus avec quelques difficultés mais en réussissant malgré tout, un parcours ordinaire somme toute. Lorsqu’arrive sa troisième année de cursus ingénieur, elle décide de faire son stage de fin d’études dans l’entreprise privée Automob’Act.

 

    C’est avec un peu d’appréhension qu’Helena entre dans l’entreprise le premier jour. Elle n’a pas encore rencontré son tuteur mais elle sait que c’est un homme appelé Frédéric Louchalle. En se présentant à l’accueil, elle rencontre Justine Shutz, une jeune femme souriante qui lui indique le bureau de M. Louchalle. Elle s’y rend, et alors qu’elle s’apprête à frapper, la porte s’ouvre sur un grand homme, un peu bedonnant et plein d’entrain.

    Un peu surpris, Frédéric marque un temps d’arrêt et dit : « Ah ! Vous tombez bien, j’allais justement demander de vos nouvelles à l’accueil ! Frédéric Louchalle, directeur du service Laboratoire Composite, enchanté ». En lui serrant la main, il continue : « Je suis débordé. Venez, je vous montre votre bureau. Nous ferons le tour de l’entreprise plus tard si vous le voulez bien : j’ai un travail urgent pour vous ! ». Helena n’a pas le temps de prononcer un mot que Frédéric est déjà parti à grands pas et lui montre un petit bureau d’angle avec un ordinateur. « C’est que j’attends une stagiaire vous comprenez ? Je sais que c’est une mise en jambe expresse, mais j’aurais besoin que vous me tapiez ce rapport pour le plus rapidement possible. Je n’oublierai pas de m’amender pour ma précipitation, vous pouvez compter là-dessus ! ». Et sans plus de cérémonie, il s’en va aussi vite qu’il est apparu. Désemparée, Helena reste quelques secondes interloquée près du bureau d’angle, où siège un écriteau « Secrétaire Laboratoire composite ». Il l’avait prise pour sa nouvelle secrétaire et non pour la stagiaire qu’elle était et qu’il lui avait dit attendre ! Avec courage, elle retourne toquer à la porte où elle a vu disparaitre Frédéric Louchalle l’instant d’avant. Alors qu’elle rectifie le malentendu, Frédéric éclate d’un rire tonitruant et lui souhaite la bienvenue. De ce quiproquo, Helena reçoit son premier surnom en entreprise : « Mademoiselle la petite secrétaire ».

    Sa première semaine se déroule bien et elle retrouve même un ancien camarade, Marc Tomphy. Il était aussi à Polytech Grenoble, dans la même filière qu’elle mais d’une année supérieure. Aujourd’hui, il travaille dans la même équipe qu’elle : le service Laboratoire Composite du département Recherche ; mais leurs domaines d’études ne portent pas sur les mêmes projets.

    Durant son stage, Helena se familiarise avec les habitudes et les méthodes de l’entreprise ; elle est consciencieuse et apprend vite. Elle devient amie avec Justine Shutz, l’hôtesse d’accueil un peu sophistiquée du premier jour. Justine est une personne dynamique, extravertie, assez taquine et joueuse. Les deux femmes découvrent qu’elles viennent de la même ville de Normandie. Helena se rapproche aussi de Marc Tomphy, son ancien camarade. Alors que le stage avance et se déroule très bien, les deux jeunes gens se mettent d’accord de ne pas commencer une relation tant qu’Helena n’est pas diplômée. Poursuivant son stage, Helena découvre aussi la personnalité vivante et joviale de son tuteur, Frédéric. Il ne manque pas de l’encourager et de la pousser à donner le meilleur d’elle-même, malgré ce petit surnom de « mademoiselle la petite secrétaire » qui reste et ne manque pas de la faire tiquer.

    Quand arrive la fin de son stage, début septembre 2017, elle reçoit une offre d’emploi de l’entreprise dans la même équipe, mais en tant qu’ingénieure matériaux. C’est Frédéric qui lui amène, le sourire aux lèvres : « Eh bien voilà ma petite secrétaire » et se corrigeant : « ma petite stagiaire pardon ! ». Il enchaine avec un clin d’œil : « C’est vrai que tu as bien travaillé. Tu vaux mieux qu’une petite secrétaire ! Tiens ma petite stagiaire ; tu ne devrais plus l’être pour longtemps : voilà une convocation avec les demoiselles du RH et moi-même. Sans vouloir gâcher le suspens, il se pourrait bien qu’on te propose un emploi…». Et avec une poignée de main, il lui remet la lettre. Trop excitée par la nouvelle, Helena ne revient pas sur son nouveau surnom ; elle sait que c’est affectueux de la part de son tuteur.

    Son stage s’est très bien déroulé et elle a même obtenu une offre d’emploi à sa sortie. Pendant son entretien, Helena a demandé à ne commencer qu’un mois après la fin de son stage. Entre la fin de son stage et le début de son contrat, elle rentre en Normandie et profite de ses proches. Elle et Marc partent aussi quinze jours tous les deux, savourer leur relation naissante. Ils savent qu’ils ne pourront pas prendre beaucoup de vacances les premières années (même si Marc est déjà dans l’entreprise depuis un an), pour prouver leur valeur en quelque sorte. Début octobre, Helena entame son contrat chez Automob’Act et le 17 novembre 2017, elle reçoit son diplôme d’ingénieur.

    Helena est heureuse jusqu’ici.

 

Auteure ou autrice (va falloir choisir un jour) : Lorysse Marchal

Le chapitre 2 arrivera la semaine prochaine !