The Electro Suite – Une petite analyse

Bonjour à tous !

Je m’appelle Hugo. Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai lancé l’année dernière le Club Cinéma ; qui a été repris cette année par le très talentueux et très beau Thomas Cagnac.

La raison de chaque instance de ma présence en public est de m’accaparer quelques minutes de votre temps pour faire état de certaines de mes découvertes ou redécouvertes culturelles, en analysant le contenu d’une ou plusieurs œuvres comme j’ai eu l’honneur de le faire pendant les séances Ciné de l’année dernière. Vous pouvez en déduire facilement que je suis un narcissiste psychopathe fini, avec une condescendance culturelle poussée. Mais passons.

Parler de Cinéma est quelque chose que j’ai déjà pu faire avec plus ou moins d’aisance par le passé et permet d’aborder une pléthore de sujets en pagaille en plus de nombreux thèmes plus ou moins en rapport direct. J’ai pu aborder le cadrage, la lumière, le scénario, les dialogues et la musique de plusieurs films et je vais recommencer ici en m’attardant justement sur la musique d’un film.

Ou plutôt une musique issue d’un film. Je vais vous parler pendant cette chronique de la Suite Electro composée par Hans Zimmer (Gladiator, Le Roi Lion, Inception…) pour le film The Amazing Spider Man 2. Vous savez, celui avec Andrew Garfield et Emma Stone. Pas celui avec Toby MacGuire. Et pas celui avec Tom Howards. Et pas la série animée. Enfin BREF, la musique d’un film.

La musique dans le cinéma est un sujet vaste car elle se doit de s’adapter à son médium de base. On a plein de cas de figure mais je vais me concentrer ici sur le cas particulier de la musique d’un personnage spécifique. C’est un sous-genre particulier qui sert à dresser en plus de la narration du film le portrait d’un personnage, ses enjeux ou son ton avec une orchestration particulière.

Des exemples simples : Vous connaissez tous celui-ci The Imperial March. Dark Vador est un personnage important, menaçant, militaire, sombre et son thème musical à base de cuivres imposant est repris à plusieurs endroits des films. Un autre : The Avengers Theme. Les Avengers ! triomphal, héroïque, incarne l’espoir. Pleins d’autres exemples de films existent : le Terminator, Batman, etc. Dans les jeux vidéo aussi d’ailleurs, pour ceux qui reconnaissent Bonetrousle. C’est une dimension importante d’un film de divertissement, un personnage est bien plus marquant quand le film fait l’effort de lui consacrer une partie de sa bande-son !

Mais cette introduction est bien trop longue ! Continuons.

Le morceau en question : https://www.youtube.com/watch?v=vXhi7vJXzXk

Je vais donc parler de la Suite Electro. C’est le thème du personnage d’Electro joué par Jamie Foxx dans le film, un méchant à la peau bleue manipulateur d’électricité. Mais c’est plus compliqué que ça. Au début du film, Jamie Foxx incarne Max : un nerd complet, invisible à son entourage et peu sûr de lui. Un jour secouru par Spider-Man, il devient son plus grand fan de manière un peu obsessionnelle. Après un accident qui lui donne ses pouvoirs, Electro devient dangereux et doit être stoppé, et se sent trahi par son héros Spider-Man qui ne fait qu’assurer la sécurité de la population. Ce qui me plaît particulièrement dans cette orchestration, c’est que l’évolution du personnage, de la solitude à la folie, est parfaitement retranscrite par le choix des instruments et la progression de la musique.

Le morceau que j’ai choisi est une sorte de résumé de cette progression, c’est une version live qui a été jouée à Prague. Hans Zimmer est accompagné par une quarantaine de musiciens et une autre quarantaine de choristes supplémentaires. Le morceau dure 5 minutes et 14 secondes. Mettez un casque et commençons :

Le morceau commence avec une base de piano simple et une clarinette qui joue la mélodie. Nous sommes au début du film, et le personnage de Max nous est présenté : un peu naïf et insouciant mais surtout seul. La clarinette qui joue cette petite mélodie arrive très bien à retranscrire cette vulnérabilité d’autant qu’elle est l’instrument central du début du morceau. Et cette solitude est appuyée par des murmures chantés par les choristes. C’est un élément important de la composition et ils représentent à la fois le dédain que son entourage éprouve envers lui – la solitude et l’isolation ; et les petites voix qui commencent à apparaître dans la tête de Max, son caractère obsessionnel – une amorce de sa folie de la fin du film. Si on tend l’oreille, ces murmures se baladent de droite à gauche dans la stéréo et sont appuyés par des petits cuivres et bois légers qui donnent un petit effet dramatique, un poids supplémentaire. Ils évoquent la peur et la paranoïa, les mensonges et l’isolation. L’abysse du quotidien qu’est sa solitude.

La musique évolue à 00:48 : un rythme de batterie apparaît au dépit du piano qui quitte le morceau. On gagne un peu en intensité alors que la mélodie de la clarinette est reprise par une guitare électrique qui se réverbère. Le personnage de Max commence un peu à perdre pied et les voix sont maintenant constantes dans sa tête. On comprend toute l’anxiété qu’il ressent quand son instrument – la clarinette – reprend quelques secondes après, mais avec un ton différent. On est passés de l’insouciance à l’inquiétude : les notes sont plus longues et tenues et sont toujours soutenues en fond par les murmures et cette guitare lancinante. Le rythme se fait plus insistant avec des cymbales hi-hat à partir de 1:21 jusqu’à un crescendo puis un drop à 1:56.

Max disparaît et Electro fait surface. La clarinette est totalement absente et les guitares électriques prennent le relais : une pour la mélodie entêtante, aigüe et constante et une autre plus dure et grave, plus agressive. Electro prend de l’assurance en voyant son potentiel. Les voix sont toujours présentes, mais on remarque quelque chose d’autre. Un bruit dérangeant, électronique comme un Larsen de micro. Ce son de migraine pure se propage de l’oreille droite à l’oreille gauche dans la stéréo ce qui n’est pas anodin. Dans le média du cinéma, un personnage qui évolue dans une scène importante de droite à gauche à l’écran marque une évolution négative. Dans la culture chrétienne, la gauche est la direction du Mal, du diable et les gauchers étaient par exemple stigmatisés et forcés d’écrire de la main droite dans le passé. C’est ici important parce que c’est ce qui amorce, mieux que tous les discours ou actions du personnage, son passage du mauvais côté de la Force.

À 2:21, on a une sorte d’accalmie. Le rythme est toujours assez marqué, et renforcé par des bois et violons/ violoncelles graves en staccato. Les murmures se baladent toujours dans la tête de notre personnage, mais prennent une dimension bien plus effrayante quelques secondes après. Ils deviennent des voix bien matérielles, à la fois plaintives et menaçantes ; qui dénotent des derniers efforts de Max pour reprendre le contrôle sur lui-même. C’est excellement appuyé par l’échange entre les chœurs et les violons aigus d’une part ; et la guitare électrique grave que j’ai évoquée tout à l’heure qui leur répond d’autre part, comme le Bien et le Mal en lui qui se battent pour prendre le dessus.

Max est à l’agonie et les différentes parties de l’orchestre vont crescendo, comme des assauts répétés et toujours plus forts contre sa santé mentale. La tension devient petit à petit insoutenable jusqu’à ce qu’il craque. À 3:07 tout s’arrête.

Les violons très aigus et lancinants nous transmettent cette émotion singulière, ce moment de flottement où la bascule du personnage s’opère ; comme le bref instant où le grand 8 est au sommet du rail et s’apprête à plonger.

La descente s’amorce juste après avec l’apparition de la batterie dans le fond. Les voix se distordent et deviennent inhumaines. La batterie fait crescendo. Tout bascule. Drop à 3:28.

Electro apparaît dans toute sa splendeur destructrice et se met à flotter dans un tempête d’électricité au milieu de l’écran. Le rythme de la batterie est bien plus lent, et la guitare mélodique a également ralenti, pour confirmer la prise d’assurance amorcée au premier drop en prenant conscience de son vrai potentiel. Les voix sont devenues des chœurs et ont maintenant cette teneur presque religieuse, divine pour évoquer la force de la menace. Des sons et bruits électriques apparaissent et disparaissent comme pour signifier que la puissance d’Electro arrive à prendre le pas sur la musique en elle-même.

Mais l’élément central de cette explosion finale est la batterie, qui marque l’avancée presque inexorable du personnage, tout en offrant des passages erratiques pour montrer qu’Electro est devenu complètement incontrôlable. Les enchaînements des grosses caisses, caisses claires et cymbales évoquent une arythmie cardiaque, et nous désorientent dans une perte de repères totale alors que les lumières de la ville crépitent autour de nous. Et même si les variations de tempo induisent un chaos certain soutenu par le reste de l’instrumentation il manque quelque chose. Les voix. Les voix se sont tues dans sa tête et tout est clair à présent. Il n’est plus que douleur, haine et colère destructrice. Il est devenu Electro.

À 4:45, les chœurs se stoppent et le rythme conduit la musique encore plus, marqué par une grosse caisse et la guitare grave qui jouent ensemble. Son cœur bat avec une lourdeur pénible. Electro souffre et cette douleur transpire par ce rythme insistant, comme une migraine lancinante. Les voix réapparaissent et sont complètement distordues. Un dernier crescendo s’amorce avec la batterie et des violons aigus pour marquer le climax de la chanson.

À 5:03, tout se stoppe. Comme une télévision débranchée en fonctionnement, la musique fait un rapide decrescendo et s’arrête. Ne subsiste que pendant la dernière seconde du morceau une légère interférence, un bruit électrique résiduel.

Comme je l’ai évoqué au début de cette chronique, le grand point fort de ce morceau est qu’il sert la narration du film.

On passe de Max, discret et seul ; à Electro puissant et incontrôlable. Parallèlement à ça, on passe d’une petite clarinette et piano à une cacophonie électronique avec une guitare bien agressive. Et l’évolution marche super bien par rapport au film ! Les moments de doute, d’isolation et de folie latente du personnage sont tour à tour mis en exergue par différents instruments et leur interaction entre eux, ou par l’utilisation des chœurs et les changements de rythme.

L’histoire d’Electro dans le film est assez triste, et sert de parabole à la corruption qu’apporte le pouvoir. Et même si le film a des défauts, j’y reviens uniquement pour ce personnage et pour la musique qui l’accompagne à l’écran. La composition raconte quelque chose. Et c’est cool.

Prenez le temps d’écouter de la musique et de voir des films, et de regarder des films avec de la musique. Et prenez soin de vous.

 La bise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.